mardi 6 septembre 2011

Pour le remplacement du SMIC par une redistribution par impôt négatif

En ces temps de rigueur, et de chasse nécessaire à la rente, rares sont les mesures gagnant/gagnant que les politiques pourraient présenter au peuple comme solutions pérennes et par le haut pour restaurer la compétitivité de la France.

Et encore plus rares sont les mesures qui permettraient de tels gains en terme de croissance structurelle et de baisse du taux de chômage...

Car ce que ce post développe, ce n'est ni plus ni moins que d'offrir au pays le retour au plein emploi...

Aujourd'hui, on nous parle de la compétitivité allemande. Compétitivité construite notamment sur l'absence de SMIC. Mais dans le même temps, la gauche dénonce (à raison) les jobs à 1€ de l'heure et la hausse des inégalités. Pourtant le salaire moyen allemand est supérieur au salaire moyen français. Mais déjà, la gauche archaïque allemande propose d'instaurer un salaire minimum en Allemagne si elle arrivait au pouvoir.

Ça me rapelle cette émission de France Inter que j'avais écoutée il y a longtemps (et que je ne saurais retrouver) où André Comte-Sponville expliquait que ce n'était pas à l'État de faire de l'économie comme ce n'était pas à l'économie de faire du social...

Or avec le salaire minimum à seuil, on entre typiquement dans cette intervention de l'État qui, remplie de bonnes intentions, en arrive à causer plus de mal que de bien.

En France, on a déjà un SMIC. Et le problème de base est simple... On préfère maintenir dans l'assistanat et refuser la dignité, à toute personne qu'il n'est pas économiquement rentable d'employer au dessus du SMIC. On préfère donner 400€ d'assistance payée par ceux qui travaillent à quelqu'un qui pourrait gagner 700€ de son propre travail. Et on nous explique que c'est une mesure "sociale"...

Le vice fondamental du SMIC est là.

Et je l'avais déjà développé dans ce post Petites réflexions sur le salaire minimum où je m'essayais à quelques calculs de coin de table.

Si cette personne était autorisée à travailler pour 700€ par mois et que l'État y rajoutait disons 200€ de redistribution (en veillant à garder les incitatifs sains en s'assurant que l'échelle des salaires reste la même afin que les gens soient toujours incités à trouver mieux), certes, cette personne toucherait moins que le SMIC, mais elle aurait retrouvé la dignité d'un travail, et toucherait 900€ au lieu de 400€ d'assistance. Et la charge pour la collectivité serait abaissée de moitié.

Car la suppression du SMIC ne veut pas dire que l'on est obligé d'accepter les inégalités comme en Allemagne.

Jospin avait trouvé le bon procédé avec la prime pour l'emploi. Il était très moderne sur bien des points (comme le fond de réserve des retraites) mais bon... la France a les dirigeants qu'elle mérite   

Ce qu'il nous faut donc, ce n'est pas un salaire minimum à seuil. Il faut libérer le marché du travail. Tout le monde doit chercher son emploi au meilleur salaire qu'il puisse trouver sur le marché. Le rôle de l'État est alors d'aplanir la courbe des revenus et de lisser les inégalités créées par ce système libéral via un système de redistribution par impôt négatif.

Rien qu'avec une telle mesure, la France pourrait retrouver le plein emploi et retrouver 2 à 3% de croissance structurelle. On parle là de chiffres colossaux, de quelque chose comme 6% de chômage en moins, et d'atteindre en 5 ans le taux de chômage de frottement.

Alors la réforme est compliquée techniquement, parce qu'elle oblige en même temps à repenser le principe des allocations chômage et le principe du RSA. Mais c'est vraiment du gagnant gagnant. De la VRAIE croissance. Mais c'est une grande simplification au final et je ne vous parle pas des économies budgétaires liées à la suppression de tous les mécanismes plus ou moins complexes (prime pour l'emploi, RSA, niches fiscales et sociales...) visant à subventionner le travail et donc de tout l'administratif chargé de le gérer.

En revanche, il faut que le système de redistribution garde intacte l'échelle des revenus comme je l'ai indiqué, afin de garder intacts les incitatifs à se sortir les doigts pour trouver le meilleur boulot possible. Dans le lien que je donne vers mon premier article, je propose par exemple de compenser d'un pourcentage de l'écart entre son salaire de marché et le salaire moyen des français. Pour un salaire moyen de 1200€, avec un coeff d'un tiers, quelqu'un qui trouverait à 600€ toucherait au final 800€, à 750€ toucherait 900€, à 900€ toucherait 1000€... Et ainsi de suite. Plus on est proche du salaire moyen, moins on est compensé.

Naturellement il faudrait que tout ceci soit automatisé, mensualisé, et si possible, intégré dans la feuille de paye.

Et je comprends déjà les craintes de baisse de leur salaire qu'une telle réforme engendrerait pour ceux qui sont déjà au SMIC. Ou que ceci serve à faire exploser les inégalités. Mais l'Allemagne n'a pas de salaire minimum, et sans que ce soit le monde d'Oliver Twist, a retrouvé le plein emploi. Si vous rajoutez par rapport à l'Allemagne une redistribution par impôt négatif, il ne fait aucun doute qu'un tel système serait bénéfique pour tout le monde. Comment peut-on penser sérieusement qu'en divisant par deux le coût de la solidarité qui pèse sur ceux qui travaillent, et en remettant la France au travail, on s'en sortirait plus pauvres ? Et je comprends que pour ceux qui sont aux SMIC, ça soit effrayant de bosser sans filet. Mais je suis sûr qu'avec un tel système, et une redistribution avec comme point de pivot l'écart au revenu moyen, on ne peut qu'y gagner. Car si les inégalités augmentent, le salaire moyen et donc le point de pivot va s'éloigner et la redistribution augmenter.

Qui plus est, l'instauration de ce système ne va pas autoriser les employeurs existants à modifier les contrats de travail des employés en place. De plus, ce n'est pas l'entreprise qui paye. Cette redistribution doit être financée par les ressources de l'Etat. Idéalement, couplée à la TVA sociale, anti-délocalisation (ou le nom que vous voulez bien lui donner), et en payant ça avec la TVA, ou de l'IR/CSG plutôt qu'avec des charges, la baisse des charges induite par les gains de la réforme devrait plutôt consolider les gens dans leur poste....

Alors, sur les détails, je laisse ça aux experts. Est-ce qu'on base le pivot sur le salaire moyen + 200€ ? le salaire médian + 100€ ? Quelle valeur pour le coefficient ? Est-ce qu'on finance ça avec de la TVA, de la CSG, de l'impôt sur le revenu ? Mais l'idée principale est là.

Et c'est pourquoi j'insiste sur cette histoire de salaire minimum à seuil et son remplacement par un système de redistribution par impôt négatif.

Une ENORME partie de la solution à la crise de sous-compétitivité de la France se trouve dans cette mesure...

Et c'est une idée que je ne vois évoquée nulle part, à part peut-être dans le Socialisme de l'Excellence de Jean-Marc Daniel (au milieu d'autres mesures que j'aime plus ou moins), quand il évoque le rôle de l'État tel que défini par Musgrave.

Les forces de progrès et de bonne volonté de ce pays parmi les syndicats, les partis politiques, les experts économiques, devraient s'emparer de ce sujet et essayer de trouver un consensus pour une refondation du principe de salaire minimum autour de cet axe.

Si vous trouvez que cette idée a de l'avenir, n'hésitez pas à la pousser. C'est de ce genre de réformes dont la France a besoin pour moderniser son système d'exploitation archaïque, retrouver sa compétitivité et sa production, seule clé, avec l'instruction, à tous les autres problèmes du pays.