samedi 20 août 2011

Qui sont les rentiers ?

Bon, il me semble qu'une mise au point est nécessaire...

Comme vous le savez, la grande marotte de ce blog, c'est de dénoncer la rente. TOUTES les rentes. Et d'en appeler à la restauration de la méritocratie.

Et pas mal de bien pensants qui veulent continuer à faire persister un système en faillite me reprochent systématiquement en commentaire d'insulter tout le monde...

Je confesse...

Mais s'il se sentent insultés, il y a peut-être une raison... Peut-être est-ce le cas parce qu'il y a une quantité hallucinante de rentes dans ce pays, et qu'on est tous rentiers d'une manière ou d'une autre. Moi même, j'identifie bien des points par lesquels je suis un rentier...

Alors tout d'abord, qu'est ce que la rente ? La rente, c'est obtenir des avantages en termes de revenus, de hausse de son patrimoine, ou des avantages en terme de statut, de sécurité, sans contribution proportionnée à la société.

Par définition, la solidarité (la vraie, celle où on soigne les enfants malades, pas celle où les jeunes pauvres donnent tout leur fric aux vieux riches), est une rente. Une sorte de corvée (au sens médiéval du terme) consentie où chacun accepte de donner une part de son travail à d'autres gens, en échange de rien. La solidarité la plus élémentaire et incontestable, c'est une sorte de système assurantiel national où le chanceux aide le malchanceux...

La vraie question, pour être précis, ce n'est donc pas la rente, mais la rente illégitime. Alors, je vais m'amuser à essayer de faire une liste des rentes illégitimes qui me sautent aux yeux (si j'en oublie postez les en commentaires, j'éditerai le post et complèterai la liste)...

Et je marque d'un    les rentes dont je m'estime moi même faire partie...

Les rentes de l'illégalité et de la criminalité :

  Le travail au noir
  La fraude fiscale, la fraude à la solidarité,
  La corruption
  Le banditisme, le vol...

Les pays où ces rentes primitives s'expriment massivement ne sont ni plus ni moins que des États faillis du tiers-monde (Grèce incluse)... Je note d'ailleurs une certaine propension naturelle (voire une fierté) chez les français à s'adonner à ces comportements de pays pauvres, bien au delà de ce qu'on voit en Europe du Nord. Et cette mentalité de voleur n'est pas étrangère au déclin de la France...

Les rentes de génération et de naissance :

   L'héritage : l'héritage est une des rentes les plus évidentes, alors que son seul mérite dans ce cas est d'être bien né. On ne peut pas non plus nier le moteur et l'incitatif puissants que constitue la volonté de travailler pour léguer quelque chose à ses enfants. Mais 0% d'imposition sur les successions, c'est vraiment une politique d'extrême rente.
   Les retraites, avec des retraités qui touchent des retraites sans corrélation aucune avec ce qu'ils ont cotisé, ont refusé toute capitalisation, et ont désormais en moyenne un niveau de vie plus élevé que ceux qui travaillent et qui les nourrissent.

La rente du ponzi démographique et de la pénurie organisée :

   Tous ceux qui sont propriétaires, et qui voient la valeur de leurs biens grimper et profitent du rationnement du logement, voire pire, l'organisent...
   Les bénéficiaires du ponzi démographique qui se font du pouvoir d'achat sur le fait que la population augmente (rareté croissante des actifs en quantité limitée, profits qui augmentent par simple augmentation de la demande). Vous pouvez y mettre tous les vieux, qui n'auraient pas les patrimoines et les rentes qu'ils ont aujourd'hui sans ce ponzi démographique... Les détenteurs d'or et d'argent, ou tout investisseur suivant la logique de Peak Everything, en font également partie dans la mesure où ils misent sur la rareté croissante de biens dans le futur et sur le fait que les suivants devront fournir beaucoup plus de travail qu'eux mêmes en ont fourni pour le leur racheter.   
   Tous ceux qui se font du pouvoir d'achat sur les travailleurs non qualifiés, font baisser les salaires des travaux pénibles, via la politique d'immigration joyeuse et festive... Et là, vous pouvez y mettre tout le monde... Ne serait-ce que pour le logement ou les infrastructures publiques que l'on fait construire à vil prix...   

La dette publique, les dépenses somptuaires de solidarité et de l'État, et la fuite généralisée devant l'impôt :

   Les détenteurs de dette publique, qui en fuyant leur propre impôt ont transformé les impôts futurs de leurs enfants pour eux mêmes.
   Ceux qui travaillaient quand les déficits ont été faits et n'ont eu de cesse que de baisser leurs propres impôts tout en augmentant les dépenses de l'État. Moi même, je bosse depuis 2003, où la dette était à 63% du PIB. Aujourd'hui, on approche des 90... Donc je prends ma part dans la gabegie... Mon épargne ne serait pas ce qu'elle est si j'avais dû payer des impôts à la hauteur de ce que l'État dépense  
   Ceux qui ont profité des largesses de l’État tout ce temps. Là aussi, je m'inclue dedans, ne serait-ce que pour l'opération de ma petite fille qui a dû coûter bonbon à la collectivité (bien que j'estime que ce qui touche aux enfants et aux inégalités de naissance, relève vraiment de la quintessence de la vraie solidarité)  
   Les fuyards de l'impôt qui transforment leur impôt en patrimoine via les niches fiscales et toute l'industrie associée de la défiscalisation.

Ça c'était pour les recettes... C'est là que je vous colle toute la gabegie étatique, côté dépenses...
   Tous les fonctionnaires qui font un travail inutile (même consciencieusement) : inflation législative et réglementaire, code des impôts épais comme 3 annuaires, administration papier... Faire (bien ou mal) le travail d'un ordinateur ou tout travail inutile à la collectivité est une rente.
   Tous ceux qui vivent du ponzi éducatif (tous les professeurs et personnels d'universités n'amenant qu'au chômage en tête).
   Les chômeurs professionnels ou le prolétariat cognitif qui refuse de comprendre qu'il s'est fait escroquer et que son diplôme de bac + 5 en paléoanthropo sociologie cognitive ne vaut rien.
   Les élus de haut niveau pour leur nombre, leurs gras revenus, leur incompétence, leur corruption et leur absentéisme.
   La culture subventionnée et toute sa clique d'artistes fonctionnaires payés à produire de l'art dont personne ne veut.

Les inégalités de statut et de position :

   Les salariés des grandes entreprises proches du client et de la pompe à fric, contre les sous-traitants exploités.
   Les CDI contre les précaires et les stagiaires (qui assument à eux seuls la flexibilité nécessaire aux entreprises pour gérer le cycle).    en partie pour mon CDI, mais bossant en SS2I, je pense prendre plus que ma part en terme d'ajustement, d'insécurité et de flexibilité...
   Les salariés des entreprises semi publiques en situation de monopole et sur rémunérés. La rente du pouvoir de nuisance.
   Les entreprises qui vivent de la gabegie d'argent public ou de subventions ciblées.
   Les multinationales qui fuient l'impôt et se font faire des lois sur mesure (pour tuer la concurrence entre autres).
   Les catégories professionnelles à numerus clausus, à licences (taxis, médecins) qui rationnent l'offre.
   Les oligopoles, monopoles et autres situations de monopole local (autoroutes par exemple).

La rente financière :

   La finance de marché qui crache des profits et des revenus sans commune mesure avec la contribution apportée à la société (est-t'elle seulement positive cette contribution ?).
   La finance too big to fail : tout ce qui ne peut pas faire faillite ne peut pas être privé.

La rente de la ploutocratie :

   Et là, vous pouvez y coller tout le discours de l'extrême gauche qui n'est pas sans fondement à dénoncer une élite décadente. Collusion, passage de plats, incompétence, corruption, cupidité, détournement de la loi, délit d'initié, éducation où on achète ses diplômes, grands héritiers, fuite de l'impôt, et j'en passe...

Et j'en oublie surement... Mais voila en gros de quoi crève la France et d'où provient sa sous compétitivité... Voila pourquoi les incitatifs sont de plus en plus déglingués et pourquoi la croissance s'effondre (en plus du Peak Everything).

Ceux qui sont les victimes de ce système sont massivement les jeunes, les précaires, les non qualifiés, les travailleurs du privé (surtout les petites boîtes) qui servent globalement de vache à lait à la rente. Si la gauche n'était pas devenue la gôche et qu'elle n'avait pas perdu de vue ses promesses, son vrai programme consisterait à lutter contre TOUTES ces rentes... Un vrai programme de gauche consisterait à restaurer la méritocratie, à tuer ces rentes afin de redonner les revenus légitimes à ces catégories systématiquement exploitées depuis 30 ans, et qui sont pourtant parmi celles qui créent le plus de vraies richesses...

A chacun de faire son auto critique à l’aune de cette liste.

Et contrairement à ce que la fausse gôche essaie de vous faire croire, les salauds, ce ne sont pas les riches, ce sont les rentiers. Si un riche est riche et qu'il a apporté une contribution proportionnée à la société, sa richesse est légitime. Ce qui n'empêche pas qu'il y aie beaucoup d'imposteurs chez les riches. Mais c'est aussi le cas de nombre de petits rentiers de gôche...

5 commentaires:

  1. Beau bilan (exhaustif ?)
    Je pense que ce constat est partagé par un nombre croissant de personnes appartenant à la jeune génération.
    Le problème étant que ces inégalités s'accroissent, voyez-vous une solution pour y remédier ?

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  2. Quid du livret A et de ses proches parents LDD, LEP et livret jeune ? La seule source de revenus totalement exempte d'impôts et de prélèvements sociaux ? Qui génère automatiquement des intérêts légèrement supérieurs à l'inflation et couvrant notamment l'inflation importée ?

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  3. L'épargne ne devrait avoir aucun lien avec l'inflation.

    Le rendement de l'épargne devrait toujours être en lien avec la croissance qu'elle génère sur les prêts qu'elle sous tend... Rendement qui devrait donc pouvoir être négatif.

    Cette histoire de lier l'épargne à l'inflation, c'est comme imaginer que les intérêts sont un acquis social, sans que l'épargne ne serve jamais à créer la moindre vraie richesse. Et on a vu ce qu'a donné cette escroquerie avec la dette publique...

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  4. Oui, je suis bien d'accord, mais justement, il me semble que cette double-rente (indexation sur l'inflation et défiscalisation totale) n'apparaît pas dans ta liste.

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  5. Allez, un peu d’info sérieuse sur le véritable niveau de corruption de nos « z’Elites » :

    http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/lettre_thierry_breton_ministre_des_finances_20_avril_2006/

    Une info reprise sur près de 500 blogs…

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