samedi 6 novembre 2010

Sur la monnaie

Un documentaire intéressant sur la monnaie, un peu du même genre que Money as debt.



Pas mal de choses intéressantes. Mais comme dans Money as Debt, il y a beaucoup d'idées fausses.

Comme cette idée que l'argent des intérêts n'existe pas et qu'à un instant t, tout le monde ne peut pas rembourser ses prêts. C'est une méprise à mon avis. Les intérêts sont payés aux banques. Ils ne disparaissent pas. Ils sont dépensés. Soit en salaires et bonus, soit en rémunération des dépôts, soit en dividendes. Mais ces intérêts sont ensuite réinjectés dans l'économie. En fait l'intérêt, une fois la rémunération des dépôts retirée, est juste le moyen qu'a la banque commerciale pour prélever sa dîme sur l'économie, et de s'octroyer un droit sur les richesses réelles créées.

Et c'est une idée fausse également qu'il y a pas plus de dettes qu'il n'y a d'argent. Vu que l'argent est la dette, il y a parfaite égalité entre la quantité d'argent dette et de dettes. Quand on doit quelque chose, on le doit forcément à quelqu'un. L'argent est juste l'anti-matière de la dette, la créance associée. Le seul moyen pour qu'il y aie plus de dette que d'argent, ce serait qu'il y aie des dettes forcées sur les gens sans création de l'argent des dépôts associée. Et dans la réalité, il y a même moins de dette que d'argent vu qu'on a en plus le M0 (cf plus bas).

En revanche, ce qu'il faut bien comprendre, ce sont les cycles du crédit (cf ici et ici). Tout le temps que les gens s'endettent plus qu'ils ne remboursent, et qu'il y a inflation, trouver les intérêts dans une masse monétaire en croissance circulant vite est beaucoup plus facile que l'inverse, quand il y a déflation et une masse monétaire circulant peu. Et un défaut sur un crédit, c'est juste la suppression instantanée de la créance associée. C'est là que l'idée de garantie des dépôts est juste une illusion, sauf à ce que l'État reprenne à son compte la dette de l'emprunteur failli, en échange de rien.

En fait, tâchons d'expliquer plus sereinement ce système monétaire. Ou en tous cas ce que j'en ai compris au fur et à mesure de mes lectures et réflexions. Si je me trompe, n'hésitez pas à poster vos remarques en commentaire. Je suis preneur (au passage merci à kosmo et wiz de la bulle-immo pour leurs éclaircissements).

Tout d'abord, en effet les banques créent la monnaie. Quand vous allez à la banque et que vous empruntez, la banque vous crédite votre compte de la somme et vous devez à la banque un montant équivalent. La somme fait 0 mais il y a eu échange de promesses entre vous et la banque. Il y a des restrictions à cette création de dette par les banques commerciales (réserve fractionnaire, Bâle 2, fonds propres etc...) mais on va les ignorer car elles sont contournables (même si avec des mesures comme Bâle 3, ils essaient de les renforcer). On va plutôt supposer que grosso modo, les banques prêtent autant que les gens veulent bien emprunter.

Ensuite, il faut comprendre qu'il existe deux natures de monnaie qui coexistent dans le système et partagent la même valeur :
  il y a ce qu'on appelle le M0 : les billets et les dépôts des banques à la banque centrale, équivalents à des billets. Cette monnaie ci n'est gagée contre rien. Il n'y a personne qui la doit. Elle est libre.
  il y a la monnaie crédit, la monnaie qui n'existe que parce que quelqu'un, quelque part, possède une dette d'autant. Cette monnaie est scripturale. Elle est nécessairement sous forme d'un dépôt bancaire, c'est à dire une créance d'une banque à votre endroit. Cette monnaie ci, est de l'anti-matière de dette. Contrairement au M0, c'est un peu comme si il y avait un élastique dessus.

Au passage, petite digression, pour ceux qui regardent l'or de près, ce qui fait que la monnaie est reconnue comme telle et a une valeur, ce ne sont pas les stocks d'or des banques centrales, même si c'est symboliquement important. C'est le fait que la monnaie est le seul moyen légal accepté par l'État pour payer ses impôts   Comme quoi...

Et aussi, en temps de déflation qui menace, c'est bon de garder à l'esprit que le cash, le M0, comme l'or, n'a pas de risque de contrepartie. Si vous avez du cash, vous ne risquez pas que quelqu'un fasse défaut dessus. En revanche, sa valeur est partagée avec celle de la monnaie dette. Et surtout, contrairement à l'or, sa quantité n'est pas limitée par des contingences extérieures. Et surtout, il faut bien comprendre également qu'un dépôt bancaire, c'est grosso modo une reconnaissance de dette de la banque en votre faveur. Mais c'est une dette. Une dette de la banque auprès de vous. Avec tout le risque de contrepartie que ça implique (risque que l'État a essayé de faire disparaître à travers la garantie des dépôts, largement fantoche en cas d'événement systémique).

Ainsi, aujourd'hui, quelque chose comme 5% de la monnaie est du M0, quand 95% est de la monnaie dette. La dette est quelque chose d'essentiel à la richesse. C'est grosso modo notre "capital" financier. Ce point est critique dans les comparaisons avec le Zimbabwe ou Weimar. Les proportions entre les deux types de monnaies n'étaient pas du tout les mêmes, alors qu'aujourd'hui, une part très importante de la monnaie est de la dette, et que dans les deux exemples cités, les gens avaient peu de dette ou de comptes épargne, et que la monnaie était essentiellement du M0.

Et il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. La finance est une des plus belles inventions de l'humanité. C'est quelque chose d'indispensable à une société riche. Orienter l'épargne de ceux qui ont des surplus vers ceux qui ont des projets est la clé de la croissance. Sans ça, les riches thésaurisent, les entrepreneurs ne peuvent pas entreprendre, et c'est grosso modo le Moyen Âge... Mais toute la problématique repose dans la question du "à qui on prête ?". La finance doit financer des investissements qui créent de la richesse. Et ces derniers temps, sous pression des politiques notamment, elle a complètement perdu ça de vue, et s'est mise à prêter n'importe comment, et à rentrer dans un schéma de Ponzi. Au passage, on notera que quand les banques ne "prêtaient qu'aux riches", les poypoys râlaient. Mais prêter aux riches, à ceux qui sont capables de mettre en fonds propres une partie de l'investissement, c'est l'assurance pour la banque de retrouver ses petits et de ne pas encaisser de défauts de paiements en negative equity. Et on voit bien aujourd'hui ce que ça donne quand les banques prêtent à n'importe qui, sans aucune exigence d'apport personnel... Faut savoir ce qu'on veut mes loulous...   

Et ainsi, chaque société à une debt carrying capacity, une capacité à porter de la dette. Pour que cette dette soit remboursable et efficace, il faut qu'elle crée de la vraie richesse. C'est là que le bât blesse alors que le capital de l'occident est en fait un capital fondé sur le mal-investment (à la Hayek), la pure consommation et la bulle.

Ensuite, chose essentielle dans ce système, la prérogative de l'impression du M0 reste une prérogative de l'État, non de la banque centrale. La Mint US par exemple, est sous la juridiction du Trésor US, non de la FED.

La FED n'est en fait qu'une banque. Une banque un peu spéciale, aux prérogatives élargies et aux contraintes limitées. C'est grosso modo la banque des banques. Elle aussi crée de l'argent dette, en prêtant non pas aux agents, mais aux banques elles mêmes. Elle a des fonds propres, un passif et un actif (cf cet article de Jim Rickards sur King World News qui explique que la FED a un ratio de leviérisation de 50, avec 57 milliards de capital et 2300 milliards d'actifs). Et en théorie, la FED peut faire faillite. Et pas mal de monde pense que c'est comme ça que ça finira.

La FED travaille avec ce qu'on appelle les primary dealers. C'est à dire les banques, petites privilégiées, autorisées à se financer court, à pas cher (0,1%), auprès de la FED, pour prêter long, à des taux bien plus importants, à tous les autres.

Ensuite, le quantitative easing n'est pas de la monétisation ni de la planche à billets, ni de la monétisation des déficits. Le quantitative easing, c'est la FED elle même, qui au lieu de servir de banque aux banques, fait directement office de banque à l'État en prenant directement à son bilan les dettes de ce dernier. Elle prend alors les risques à long terme pour elle même. Il n'y a pas création de M0 avec le QE. Aucun billet n'est imprimé. La FED se contente d'agir elle même comme une banque commerciale. Mais si l'État fait défaut ou si les MBS (les prêts immobiliers) au bilan font défaut, la FED peut théoriquement faire faillite. Ainsi, la banque centrale, quand elle fait du quantitive easing, ne fait en fait qu'accepter les créances d'un agent économique (l'État) et sert juste aujourd'hui de banque en dernier recours.

Et donc, aujourd'hui, pour éviter la déflation (la baisse de la quantité de M0 + le crédit "marked to market", pour reprendre la définition de Mish), les autorités monétaires essaient juste de maintenir coûte que coûte la quantité de monnaie dette dans le système. Alors que de toutes évidences, la debt carrying capacity de l'occident a été explosée à la hausse, ils essaient juste d'empêcher désespérément par tous les moyens la déflation par la dette. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que si déflation par la dette il y a, l'épargne diminuera en conséquence aussi. Soit par remboursement des créances, soit par défaut sur les dettes.

Et le défaut sur les dettes, c'est l'idée qui fait petit à petit son chemin aujourd'hui, comme pour la dette publique des PIIGS... Et les créances associées dans les assurances vie en euros seront alors les premières à sauter.

La planche à billets, elle, porte bien son nom. C'est quand le M0 augmente. C'est à dire les billets et les pièces, la monnaie gagée sur rien, le cash, sans promesse de remboursement derrière.

Ultimement, si ils veulent éviter la déflation pas tous les moyens, c'est comme ça que ça finira. Ils imprimeront du PQ vert à foison et feront remonter la part de M0 dans la monnaie totale. Et là, effectivement, ça sera inflationniste, si l'impression de billets dépasse la baisse de la monnaie dette.

Mais on n'en est pas encore là. En effet, avec 95% de la monnaie de type dette et 5% de la monnaie de type M0, si la monnaie dette baisse de 5%, à disons 90%, il faut carrément doubler le M0 pour compenser, et garder la quantité de monnaie constante.

Et c'est grosso modo ce qu'on a vu avec la crise, alors que le M0 US explosait, mais compensait à peine le deleveraging sur la monnaie dette :


Et ici, vous voyez grosso modo l'évolution de la monnaie dette aux USA :


On voit bien que l'augmentation du M0 ne compense pas du tout le deleveraging.

Enfin, pour conclure, dans le cas des USA, on notera cette particularité qui est qu'une grande partie de leur M0 circule en dehors des USA. Typiquement, quand le système monétaire du Zimbabwe s'est effondré (par pure planche à billets véritable), c'est l'or et le dollar que les zimbabwéiens ont utilisé pour commercer. Surement le plus grand produit d'exportation des USA au passage. Si le dollar venait à s'effondrer et/ou que la confiance dans ce dernier s'effondrait, on verrait la grande "repatriation" : tous ces dollars reviendraient sur le sol US et accéléreraient l'effondrement.

Donc voila, c'est ce que j'ai personnellement compris du système monétaire. Je ne garantis pas que ce soit exact et je suis preneur de vos commentaires si vous en avez. Mais ça me semble déjà plus proche de la réalité que ce qui est expliqué dans le documentaire.

jeudi 4 novembre 2010

Petit tour chez Glenn Beck et ce que sont devenues les Tea Parties

Histoire de ne pas mourir idiot et de comprendre un peu mieux ce qu'il y a derrière les Tea Parties, je vous mets l'émission de Glenn Beck d'hier soir. Histoire de vous faire une idée à travers vos propres yeux et pas uniquement via le prisme du "journalisme" français :

Glenn Beck Explains The Latest Iteration Of Quantitative Easing
ZeroHedge, 03/11/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.zerohedge.com/article/glenn-beck-explains-quantiative-easing





Il est question de dépendance envers la Chine, de déficits, de dollar, de quantitative easing...

Moi ce que j'en comprends, c'est que clairement, l'occident est effrayé. Les classes moyennes sont angoissées devant ce que la mondialisation signifie pour elles. L'avantage compétitif de l'occident est terminé. Comment croire qu'un américain illettré, obèse, inculte et avec 200 mots de vocabulaire, pourrait gagner plus qu'un travailleur chilien éduqué ?

A ce sujet, je vous conseille cette interview très intéressante d'Hubert Védrine, sur BFM ce matin, où il évoque notamment cette angoisse des classes moyennes :
Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères
BFM Radio, 03/11/2010 (en Français texte en français )
http://podcast.bfmradio.fr/channel13/20101104_gjournal_1.mp3

La vraie question, ce n'est pas de se protéger des chinois. Le protectionnisme commercial, de toutes façons, c'est le consommateur qui le paiera au final.

Ce qu'il nous faut faire, c'est faire en sorte de rétablir un minimum de salubrité fiscale, remettre les impôts des riches au niveau de disons... 1990 (quitte à rétablir une certaine forme de contrôle des capitaux pour les obliger à les payer), remettre tout le monde au travail (via notamment la suppression du salaire minimum à seuil pour un salaire minimum redistributif), consommer moins et exporter plus en déplaçant la fiscalité du travail vers la consommation et les revenus de la rente immobilière pour rééquilibrer les global imbalancies, casser l'économie de bulle et supprimer les rentes odieuses construites patiemment depuis 30 ans par des tas de groupes très divers de goinfres... Il nous faut forcer l'État à apprendre ce que signifie productivité et destruction créatrice. Établir une solidarité réelle et pas la tartuferie actuelle où le pauvre finance le riche.

Et c'est seulement ainsi qu'on retrouvera, comme les suédois l'ont fait, un avantage comparatif réel sur les émergents qui justifiera qu'on aie un meilleur niveau de vie.

La prospérité en tant que nation n'est pas un acquis social.

Les occidentaux veulent continuer à avoir des jouets à 10€, des T shirts à 2€, des mp3 à 40€, mais des salaires à 1500€ ? Et bien non, ce n'est pas ce qu'il va se passer. On n'aura pas le beurre et l'argent du beurre.

D'ailleurs, comment vivait-on avant la mondialisation ? Tous ces produts coutaient autrement plus cher. Alors pourquoi ce sentiment de moins en moins s'en sortir malgré ces prix là qui baissent ? Parce que la part de l'économie parasitaire et des goinfres n'en finit plus de grossir : retraites grotesques, loyers, prix de l'immobilier, dividendes, intérêts de la dette, assistés professionnels... La voila la raison du déclassement des classes moyennes...

Il est temps de tuer la Ponzi économie, et de rétablir la méritocratie et un capitalisme sain. Un capitalisme à l'équilibre, de classes moyennes, et qui a fait la force de l'occident.

On reviendra à la situation qui était la notre dans les années 90, avant la mondialisation. Et même un peu plus chiche surement, alors que les matières premières seront toutes plus chères vu qu'on sera passé de 1 milliard à 3 milliards de consommateurs.

Mais il faut bien comprendre que la ligne de front actuelle est intenable. Il est temps d'organiser la retraite en bon ordre avant que ça ne finisse en déroute.

Et la déflation n'est pas le problème mais la solution.

Et si l'alternance des deux partis, en place partout en occident, refuse de comprendre ça, pour essayer de maintenir ses bases électorales de prédateurs respectifs achetés à coup de pillage des petits et des sans grades, alors partout, ils se mangeront des réactions extrêmes, du genre de ce que sont devenues les tea party aux USA...

Et ils sont malins. Derrière ce discours qui est celui que les classes moyennes attendraient de politiques raisonnables, œuvrant pour la collectivité, vous pouvez compter sur ces extrêmes pour rajouter à la bonne soupe de toutes autres idées beaucoup plus nauséabondes... Avec tous les risques que l'on sait...